INTRODUCTION AUX TRADUCTIONS DU LIEUTENANT-COLONEL KOELTZ

Le Lieutenant-Colonel Koeltz a traduit plusieurs ouvrages allemands après la grande guerre, dont deux traductions sont présentées sur ce site : celle de Tappen et celle de Müller-Loebnitz. Sa traduction de von Bülow n'est pas présentée ici, elle ferait double emploi avec celle du Capitaine Netter.

Dans son introduction le Lieutenant-Colonel Koeltz pose très clairement la problématique des responsabilités de cette victoire potentielle qui se transforme en grave revers.

De toutes les batailles de la guerre, mondiale, la bataille de la Marne apparaîtra dans l'histoire, sinon comme la plus acharnée et la plus sanglante, du moins comme la plus grande par la portée matérielle et morale de ses résultats.

Pour nous, Français, elle sera, aux yeux de l'étranger et des générations futures, le témoignage indiscutable de la valeur de nos troupes et de la supériorité de notre commandement.

Pour nos anciens adversaires, elle sera le témoin éternel de l'effondrement de leur plan de, campagne audacieux et, quoi qu'ils en disent, de leur première défaite.

Cette défaite, ils l'ont toujours niée, ils la nient encore, ils la nieront toujours. Mais les polémiques ardentes qui se sont engagées outre-Rhin au sujet de la retraite des armées allemandes, les 9 et 10 septembre 1914, sont à elles seules un aveu. Quelles sont les causes, quels sont les responsables de cette retraite ? Était-il absolument nécessaire de se replier ? Tels sont les points essentiels de ces polémiques au cours desquelles l'opinion a été amenée par contrecoup à chercher les coupables de " l'échec de la Marne ".

Cinq personnalités ont été particulièrement visées : le général von Kluck, ex-commandant de la 1re armée; le général von Bülow, ex-commandant de la 2e armée; le général von Hausen, commandant de la 3e armée; le lieutenant-colonel Hentsch, chef de la section des renseignements à l'état-major du général de Moltke, chef d'état-major général de l'armée de campagne; enfin le général de Moltke lui-même.

Que reproche-t-on à chacun d'eux ?

A von Kluck on fait grief :

1 de ne pas avoir exécuté l'ordre de Moltke du 2 septembre lui prescrivant de suivre la 2e armée (von Bülow) en échelon pour couvrir face à Paris le flanc droit du dispositif allemand;

2 de ne pas avoir obéi immédiatement, le 5 septembre, au nouvel ordre de de Moltke lui prescrivant de disposer son armée face à Paris, entre Oise et Marne;

3 enfin, après avoir été surpris dans son flanc droit, au nord de Meaux, par l'armée française du général Maunoury, d'avoir rameuté toutes ses forces au nord de la Marne et par suite d'avoir ouvert entre son armée et celle de von Bülow une large brèche dans laquelle l'aile droite de l'armée anglaise et l'aile gauche, de la 5e armée française purent pénétrer librement.

 

A von Bülow on reproche d'avoir battu en retraite, le 9 septembre, sur la base de deux hypothèses inexactes et non, vérifiées, à savoir que la situation de la 1re armée, à l'ouest. de l'Ourcq, était intenable, et que la situation de sa propre aile droite, à l'est de Montmirail, était désespérée; on lui reproche aussi de ne pas avoir tenu compte en cette occurrence des succès de son aile gauche à Fère-Champenoise.

A von Hentsch, envoyé en mission, le 8 septembre, par de Moltke, auprès des armées d'aile droite, pour se renseigner sur leur situation et pour coordonner éventuellement leur repli, on reproche d'une part de ne pas avoir rempli complètement sa mission en n'invitant pas von Bülow à continuer à résister, d'autre part d'avoir outrepassé ses droits en ordonnant à la 1re armée de se joindre au repli de von Bülow.

Au général de Moltke et à ses auxiliaires immédiats on reproche l'abandon du plan de Schlieffen qui, s'il avait été observé, aurait assuré sur la Marne la victoire des armées allemandes.

 

Les personnalités mises en cause ont répondu de diverses façons à ces accusations.

 

Le général von Kluck a publié son ouvrage : La Marche sur Paris; son chef d'état-major, le général von Kuhl, son étude sur La Campagne de la Marne en 1914; le général von Bülow. son Rapport sur la Bataille de la Marne en 1914.

Le colonel Hentsch a demandé, en 1917, au général Ludendorff, de vouloir bien faire faire une enquête sur son rôle, pendant les journées du 8 au 10 septembre 1914, et le Service, Historique du Reich s'est livré de son côté, après guerre, à une étude minutieuse de cette question: cette étude a fait l'objet de la brochure du colonel en retraite W. Müller-Loebnitz intitulée: La Mission du lieutenant-colonel Hentsch du .8 au 10 septembre 1914.

Mais la principal collaborateur du général de Moltke, le général Tappen, qui était en 1914 chef de, son bureau des opérations, a publié, sur les deux premiers mois de la guerre, une courte brochure : Jusqu'à la Marne en 1914, dans laquelle il expose, les principales raison qui ont amené la Direction suprême à conduire les opérations comme elle l'a fait.

Enfin, le général von Hausen, qui commandait en 1914 la 3e armée allemande, celle qui encadrait à l'est l'armée, de von Bülow, a publié, lui aussi, un ouvrage sur la Marne intitulé : Souvenirs de la Campagne de la Marne en 1914, pour détruire la légende suivant laquelle son armée, composée de troupes entièrement saxonnes, n'aurait pas soutenu efficacement les Prussiens de von Bülow et aurait été cause, de ce fait de la retraite de la 2e armée, et partant de l'" échec de la Marne. "

Parmi ces ouvrages, trois, - ceux de von Kluck, von Kuhl, von Hausen, - ont déjà été traduits et publiés en français, dans la Collection de Mémoires, études et documents pour servir à l'histoire de la guerre mondiale.

La présent volume contient la traduction des trois autres, ceux de Bülow, de Tappen et de Müller-Loebnitz.

La lecteur français a donc désormais la possibilité de pouvoir juger par lui-même, sur les documents, la conduite des opérations allemandes pendant la campagne de la Marne et de se faire une opinion personnelle sur les polémiques soulevées outre-Rhin.

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