LA BATAILLE DE GUISE ET SON CONTEXTE

(Vue par le Lieutenant-Colonel Grouard)

Extrait du livre :

LA CONDUITE DE LA GUERRE JUSQU'A LA BATAILLE DE LA MARNE (Vue par le Lieutenant Colonel Drouard)

Le livre du Lieutenant Colonel Drouard a été publié en 1922 chez Chapelot, on peut le lire sur ce site.

ATTENTION, confusion dans les chiffres arabes et romains. Lors de la composition typographique le I (romain) remplace le 1 (arabe) très fréquemment. Dans le texte originale "IIe corps" peut vouloir dire 2ème corps ou 11éme corps, des erreurs inévitables, dues à la confusion, ont dû se glisser dans ce texte lors de la ressaisie. En général, les chiffres romains sont utilisés par l'auteur, pour les armées allemandes mais il les utilise parfois aussi avec les unités française avec l'ambiguïté IIe (2e ou 11e) !!! Des erreurs sont probables également dans la toponymie.

Le maréchal French se rendit bien compte de l'incapacité de résistance des troupes qui se trouvaient à sa gauche, et parmi lesquelles la cavalerie Sordet était la seule dont il pût attendre quelque appui. Aussi, dès le 25 au soir, il avait compris le danger que courraient ses troupes en restant dans les positions qu'elles occupaient du Cateau à Landrecies. Il voulait reprendre son mouvement de retraite le 26, à la pointe du jour. Mais le chef du 2e corps, le général Smith Dorien, quoique le plus exposé, fit observer que l'état de fatigue de ses troupes les rendait incapables de faire une nouvelle marche avant d'avoir pris du repos et qu'il était préférable d'essayer de résister dans ses positions jusqu'à la nuit. Il comptait d'ailleurs, sur l'aide de la cavalerie Sordet, qu'il savait à proximité de sa gauche, vers Villers-Outréaux.

 

Les événements devaient donner raison au général Smith Dorien. Quoique attaqué par des forces doubles des siennes (Il n'y avait que trois divisions anglaises (3, 4 et 5) et la cavalerie, et, du côté des Allemands, le IIIe corps, le IVe et le IVe de réserve avec la cavalerie von Marwitz (PALAT, V, P. 129).) il tint ferme jusqu'à 15 heures. Un moment, la situation devint très critique, et Smith Dorien se crut tourné à gauche par la cavalerie allemande. Heureusement, c'était la cavalerie française qui intervenait avec son artillerie. Son arrivée dégagea les Anglais qui se mirent immédiatement en retraite. Les Allemands, eux-mêmes épuisés, n'entamèrent aucune poursuite, et le 2e corps anglais put se retirer sur Saint-Quentin et Vermand, où il n'arriva qu'au milieu de la nuit. Le maréchal French avait établi son quartier général à Saint-Quentin. En même temps, le 1er corps anglais, sans prendre part à l'action, s'était porté de Landrecies sur Guise. Quant à la cavalerie Sordet, à la suite du combat, elle alla cantonner aux environs de Péronne.

 

Dans la même journée, la division territoriale et la brigade de la 62e division qui se trouvaient aux environs de Cambrai y furent attaquées par l'avant-garde du IIe corps allemand; elles y furent bousculées et durent se retirer en désordre sur Bapaume. Quant aux autres divisions territoriales, elles étaient toujours aux environs de Lille.

 

A la droite des Anglais, la 5e armée avait continué sa retraite, dans la journée du 26. Mais le groupe Valabrègue se heurta au 1er corps anglais qui s'était engagé sur la route de Guise que les troupes françaises devaient suivre et l'on fut obligé de se rejeter vers l'Est : les 53e et 69e divisions durent cantonner à Iron et Lavaqueresse, au Nord-Est de Guise, ayant le gros de l'armée à droite. Le 1er corps, qui vint occuper Aubenton et Martigny sur le Thon, avait avec lui la 51e division de réserve. De plus, la 4e division de cavalerie, qui, pendant les journées précédentes, avait été attachée à la 4e armée, fut de nouveau affectée à la 5e : son rôle devait être de relier les deux armées. Le soir du 26, cette division se trouvait à Blombay, à mi-distance de Rocroi et de Signy-l'Abbaye.

 

Dans la matinée, le général Lanrezac, qui croyait avoir à intervenir pour protéger la retraite des Anglais, s'était porté à sa gauche au Nouvion. Il avait pris ses dispositions pour contre-attaquer avec le 18e corps et les divisions Valabrègue (Lanrezac, p. 201), qui ne se mirent en retraite qu'en apprenant que le 1er corps anglais n'était pas inquiété. C'est au Nouvion qu'il reçut l'instruction du général en chef prescrivant la retraite générale.

 

En même temps, une note du général Joffre le convoquait à Saint-Quentin, au quartier général du maréchal French. Lanrezac s'y rendit avec son chef d'état-major et trouva au rendez-vous le général d'Amade. Dans la conférence qui eut lieu entre ces différents chefs, on reconnut d'un commun accord que la lutte n'était pas possible dans le Nord et, comme le 7e corps que l'on avait appelé d'Alsace n'avait même pas commencé son débarquement, on renonça pour le moment à toute idée d'offensive. D'ailleurs, le 2e corps anglais, qui, avait fait de très grosses pertes au Cateau, était incapable de renouveler de suite un nouvel effort. Il fut donc entendu que l'armée anglaise allait continuer sa retraite vers l'Oise, et les divisions territoriales et de réserve sur la Somme. Le 2e corps anglais se remettait en marche le 27 à la pointe du jour pour se diriger vers Noyon, tandis que le 1er corps descendait l'Oise jusqu'à Mont-d'Origny.

 

Cependant, dans cette journée, le corps de cavalerie Sordet, qui avait cantonné aux environs de Péronne, en avait débouché vers le Nord-Est, essayant de protéger la retraite des Anglais. Il réussit en effet à ralentir quelque peu le mouvement d'une colonne allemande; mais, se trouvant en présence de forces supérieures, il fut obligé de repasser la Somme pour aller cantonner au Sud de Péronne.

 

En même temps, le gros des 61e et 62e divisions, qui se trouvaient à Arras, s'étaient dirigées vers la Somme, par Bapaume, tandis que la 84e division territoriale prenait en désordre la direction d'Amiens. Elles se heurtèrent, vers Bertincourt, au corps de cavalerie von Marwitz qui marchait à la droite du IIe corps allemand en direction d'Albert. Elles attaquent résolument, et, bien appuyées par leur artillerie, réussissent à refouler la cavalerie allemande et peuvent cantonner aux environs de Bapaume.

 

Le lendemain, 28, les 61e et 62e divisions reprirent leur mouvement dans la direction de Péronne, tandis que le corps Sordet repassait la Somme vers Epenancourt pour essayer de nouveau de ralentir le mouvement de l'ennemi. Mais, cette fois, nos divisions de réserve se heurtèrent en chemin à une partie du IIe corps allemand qui, venant de Cambrai, était en marche vers Albert. Elles ne purent tenir longtemps contre l'infanterie ennemie soutenue de nombreuses mitrailleuses et furent obligées de se retirer en complet désordre, partie sur Bapaume, partie sur Amiens, après avoir fait de grosses pertes en tués, blessés et prisonniers. En même temps, la cavalerie, après avoir fait une démonstration sans portée sur la rive droite de la Somme, était repassée sur la rive gauche et, malgré l'appui de trois bataillons de chasseurs de réserve, qui avaient été amenés en automobiles comme soutiens, elle dut s'éloigner pour aller cantonner dans le voisinage de Roye. Quant aux divisions territoriales restées dans le Nord jusqu'au 26, elles étaient ramenées sur la Somme au-dessous d'Amiens. En somme, à la suite de cette journée, toute la gauche des forces alliées se trouvait dans le plus complet désarroi; les Anglais n'étaient plus capables d'un nouvel effort et nos divisions, de réserve et territoriales, bousculées les unes après les autres, rejetées sur le cours inférieur de la Somme, allaient être obligées de s'éloigner du théâtre des opérations en se dirigeant, les unes sur la Normandie, les autres dans la direction de Pontoise.

 

Il est certain qu'avec un peu de discernement, on aurait pu obtenir de meilleurs résultats. Avant tout, il aurait fallu éviter la dispersion des divisions territoriales. Dès le 23, il aurait fallu prescrire la retraite de toutes les forces que nous avions entre l'Escaut et la mer, en s'efforçant de les concentrer. Le général en chef aurait dû en comprendre d'autant mieux la nécessité que c'était lui-même qui avait prévenu dans la journée le maréchal French qu'il était menacé sur sa gauche par plusieurs corps allemands remontant l'Escaut. En même temps, les divisions de réserve 61 et 62 auraient dû être dirigées sur Cambrai et non sur Arras. D'autre part, le maintien du 7e corps en Alsace est sans excuse; si seulement il avait été mis en mouvement le 20, il aurait pu débarquer le 22 à Saint-Quentin et Péronne. Le gros de ces forces, formant, avec le corps Sordet, un effectif de plus de 80.000 hommes, auraient pu être réunies le 25 entre Cambrai et le Catelet, tandis que les Anglais se retiraient sur le Cateau et Landrecies. Le lendemain, elles auraient pu participer à la bataille où le maréchal French aurait sans doute engagé toutes ses forces, soutenues encore à sa droite par la gauche de-la 5e armée. Dans ces conditions, la bataille du Cateau aurait pu prendre une tout autre tournure. Sans doute, les territoriaux et les réservistes offraient peu de consistance et n'étaient pas capables de prendre une offensive résolue; mais le 7e corps comprenait des troupes solides déjà aguerries par douze jours de campagne en Alsace. On aurait réussi au moins à contenir quelque temps l'ennemi à la gauche des Anglais, et ceux-ci n'auraient pas été contraints à une retraite précipitée et épuisante.

 

Mais, même en prenant la situation telle qu'elle était le soir du 23, on pouvait encore, avec de meilleures dispositions, limiter les conséquences de la défaite. D'abord, éviter de lancer la 84e division seule et en flèche au nord de Cambrai pendant que les Anglais reculaient jusqu'au Cateau. Elle aurait dû être ramenée, le 25, au sud de la Ville, le 26 rallier le corps Sordet pour agir avec lui à la gauche du 2e corps britannique et, les jours suivants, continuer à le protéger en se retirant dans la direction de Péronne. En même temps, les 61e et 62e divisions pouvaient se porter le 26 d'Arras sur Bapaume et, le 27, rallier aussi le corps Sordet à Péronne, de sorte qu'on aurait eu sur ce point une cinquantaine de mille hommes capables d'une certaine résistance. En même temps, les divisions territoriales du Nord auraient pu être dirigées sur Amiens. Comme l'évacuation de Lille fut décidée le 24, on pouvait les mettre en mouvement le lendemain, l'une par Arras et Albert, l'autre par Saint-Pol et Doullens; la troisième (81e), utilisant la voie ferrée de Boulogne-Abbeville, pouvait être débarquée, suivant les circonstances, soit à Amiens, soit à Chaulnes. Enfin, le 7e corps suivant deux itinéraires distincts, pouvait débarquer, du 27 au 28, partie à Tergnier, partie à Chaulnes. On aurait eu ainsi, dans la journée du 28, de Péronne à Chaulnes, plus de cent mille hommes que, le jour suivant, on pouvait concentrer pour livrer une bataille au Sud de la Somme. Avec ces dispositions, les Anglais, voyant leur gauche bien soutenue, auraient pu eux-mêmes tenir de Ham à La Fère.

 

Dans la réalité, à la suite de la débandade des territoriaux et des divisions de réserve, les Allemands avaient pu entrer le soir du 28 à Péronne; le 7e corps avait à peine terminé ses débarquements entre Montdidier et Amiens, ceux des divisions de réserve du groupe de Lamaze (55e et 56e divisions) n'avaient pas encore commencé; le 2e corps anglais, au lieu d'essayer de tenir sur la Somme, s'était retiré jusqu'à Noyon, tandis que le 1er gagnait les environs de La Fère. Telles étaient les conséquences des dispositions qui avaient été prisés à la suite de la défaite de la Sambre. Pour atténuer ces conséquences, il aurait fallu comprendre que, puisque nous étions surpris en état de dispersion, la concentration ne pouvait se faire qu'en cédant du terrain, en se conformant à ce précepte de Napoléon d'après lequel toute jonction de corps d'armée doit s'opérer loin de l'ennemi et non en sa présence. Au contraire, on ne chercha même pas à se concentrer on jugea préférable de persister dans le système de la guerre en cordon. L'idée d'envoyer les divisions territoriales au-dessous d'Amiens pour y servir de barrage contre l'invasion est incompréhensible de la part de gens qui sont censés avoir quelque notion de stratégie. On sait comme la guerre en cordon a été l'objet des railleries de Napoléon. Dans la guerre défensive, dit de son côté Frédéric, quand on veut tout couvrir, on ne couvre rien. Mais les principes de guerre de Napoléon et de Frédéric étaient bien vieillots et de peu de valeur pour certains des officiers qui entouraient le général en chef et qui croyaient préférable de substituer aux enseignements de l'histoire ce qu'ils appelaient la méthode rationnelle. En réalité, pendant toute cette période de la guerre, les mouvements de notre gauche avaient été dirigés d'une manière lamentable. On ne trouverait rien de pire dans la guerre de 187o, même dans les opérations qui se sont déroulées sur la Loire pendant la deuxième quinzaine, du mois de novembre, sous la direction de M. de Freycinet (Il s'est cependant trouvé en France des écrivains, dont M. Hanotaux, pour admirer les dispositions prises, dans ces circonstances, par le Haut Commandement.).

 

Aussi, au lieu d'atténuer, comme c'était possible dans une certaine mesure, les conséquences des défaites essuyées à la frontière, nous les avons subies dans toute leur rigueur. Déjà, le pays était envahi jusqu'à la Somme et les Anglais, après avoir reculé sur l'Oise jusqu'à Noyon, ne s'y trouvaient pas en sécurité. Il est clair que leur retraite ne permettait pas à la 5e armée française de rester longtemps sur le cours supérieur de cette rivière.

 

Dans la journée du 27 août, pendant que le 1er corps anglais descendait l'Oise jusqu'à Mont d'Origny, cette armée traversait la rivière à l'Est de Guise. Le groupe Valabrègue, après avoir passé entre Flavigny et Marly, se portait sur Colonfay et le Hérie-la-Viéville. Le 18e corps, passant à Erloy et Romery (Palat, V, p.. 162), allait cantonner à Sains-Richaumont, Voulpaix et Autreppe. Le 3e corps restait sur le Thon, au Nord de Vervins, pendant que le 10e venait s'établir à sa droite, et plus loin le 1er corps, protégé à l'extrême-droite par la 4e division de cavalerie vers Liart. Le quartier général de la 5e armée était à Marle. Le général Lanrezac avait déjà préparé les ordres du lendemain pour la continuation de la retraite, lorsqu'il reçut la visite d'un officier supérieur du G. Q. G. (Lanrezac, p. 214) apportant une instruction qui modifiait sur quelques points la directive du 25 août. Par suite du mouvement des Anglais sur l'Oise au-dessous de La Fère, la 5e armée devait aller occuper la position La Fère-Laon-Craonne. Après discussion au sujet des dispositions à prendre pour l'exécution de la retraite, l'officier supérieur se retira, mais il revint quelque temps plus tard, apportant cette fois l'ordre verbal de prendre l'offensive à fond sur Saint-Quentin, et, cela le plus tôt possible, sans s'occuper des Anglais (Lanrezac, p. 218). En présence de l'état de dépression de l'armée britannique et spécialement de son chef, le général Joffre avait estimé que, pour essayer de les réconforter, il n'y avait rien de mieux à faire que d'essayer de retarder les troupes allemandes qui marchaient à leur suite, en tombant dans leur flanc.

 

L'exécution d'une pareille opération ne pouvait être immédiate. Au moment où le général Lanrezac en recevait l'ordre, la 5e armée était en mouvement pour aller s'établir au Sud de l'Oise, de Guise à Aubenton. Afin de se diriger sur Saint-Quentin sans trop livrer ses communications, il fallait se déployer face à l'Ouest entre Mont d'Origny et La Fère, de manière à se relier aux Anglais. Les mouvements préparatoires demandaient la journée du 28, et l'on ne pouvait déboucher de l'Oise que le 29. En outre, pendant qu'on se dirigerait vers l'Ouest, on avait à craindre d'être attaqué par les corps de la IIe armée allemande qui suivaient la 5e armée depuis Charleroi. Enfin, par ce mouvement, l'intervalle qui existait déjà entre les 4e et 5e armées allait augmenter, et l'on pouvait redouter de voir la IIIe armée allemande, qui marchait à la gauche de la IIe, se jeter dans cet intervalle en débordant complètement la 5e armée. Le projet du général en chef pouvait donc soulever bien des objections, et Lanrezac ne manqua pas de les présenter au général Joffre lorsque ce dernier vint à Marle, le 28, lui renouveler lui-même l'ordre qu'il lui avait envoyé la veille. Après avoir entendu les observations de son subordonné, Joffre entra dans une violente colère, menaçant déjà Lanrezac de lui enlever le commandement de son armée et lui disant que le sort de la campagne était entre ses mains. Lanrezac ayant fait remarquer que, malgré tout, l'ordre qu'il avait reçu était déjà en voie d'exécution et qu'il était prêt à continuer avec toute l'énergie possible, Joffre se calma se contentant de déclarer, avant de se retirer, que le chef de la 5e armée s'exagérait l'importance des forces allemandes qui étaient au Nord de l'Oise, et que, le 10e corps suffirait à couvrir la 5e armée de ce côté.

 

Pendant ce temps, cette armée exécutait les mouvements préparatoires que Lanrezac avait prescrits, et, le soir du 28, de la droite à la gauche, les corps 3, 18 et Valabrègue se trouvaient à proximité de l'Oise, face à Saint-Quentin. Pendant leur marche, une brigade de la 53e division laissée aux environs de Guise pour défendre les passages de l'Oise fut attaquée par l'avant-garde du Xe corps allemand. L'ennemi put occuper la ville, mais l'intervention d'une division du 18e corps l'empêcha d'en déboucher. En même temps, le 10e corps restait face au Nord, à droite de Guise, et le 1er venait s'établir en seconde ligne au Sud-Ouest de Sains-Richaumont. De là, il pouvait soutenir, suivant les circonstances, le mouvement des trois premiers corps sur Saint-Quentin ou le 10e à droite de Guise. En exécutant son mouvement, le 1er corps avait d'ailleurs laissé à droite du 10e la 51e division et la 4e division de cavalerie avec la mission de couvrir les communications, en restant autant que possible en liaison avec la 4e armée.

 

Pendant les jours précédents, cette armée avait fait bonne contenance vis-à-vis des forces allemandes qui lui étaient opposées. D'après l'instruction générale du 25, elle devait se retirer dans la direction de Reims. Elle devait donc s'efforcer de rester maîtresse des routes qui, de Rocroi et de Mézières, conduisent à Reims par Rethel. Dans la journée du 26, à sa gauche, le 9e corps qui comprenait la 17e division et la division marocaine avait pu se maintenir à Aubigny, à 20 kilomètres au Sud de Rocroi, couvrant la route de Rethel par Signy-l'Abbaye, ayant à sa droite, vers Mézières, la 52e division de réserve qui lui était rattachée. Plus loin se trouvaient sur la rive gauche de la Meuse, de Donchery à Remilly, le 11e corps et la 6oe division de réserve. Le 11e corps y fut violemment attaqué par des forces de la IVe armée allemande, mais il avait énergiquement résisté au bois de la Marfée. Sur le front des autres corps, le calme avait à peu près régné : le 17e s'était maintenu de Romilly à Mouzon; le 12e, de Beaumont à Villemontry; le corps colonial, vers Pouilly; le 2e, vis-à-vis de Stenay et de Sancy. Le quartier général de l'armée était au Chêne-Populeux.

 

En présence de la bonne tenue de ses troupes, le général de Langle songea un instant à attaquer sur tout son front le lendemain 27; mais les instructions du G. Q. G. l'amenèrent à reprendre la retraite en se rapprochant de l'Aisne. Le 9e corps devait se porter vers Signy-l'Abbaye et Launois pour y couvrir la gauche de l'armée. Il avait commencé son mouvement de retraite lorsque les avant-postes furent attaqués sur toute la ligne; le mouvement put néanmoins s'exécuter sans grandes difficultés et avec peu de pertes.

 

Il n'en fut pas de même au 11e corps qui, attaqué comme la veille, résista avec vigueur, infligeant de grosses pertes à l'ennemi, mais en subissant lui-même de sérieuses. Le soir, on n'avait cédé que peu de terrain.

 

A la droite du 11e corps, le 17e se maintenait vis-à-vis de Remilly et le 12e de Raucourt à Beaumont. Plus loin, le corps colonial, attaqué par le VIe corps prussien (gauche de la IVe armée) (Le VIe corps prussien, d'abord affecté à la IVe armée, passait à la Ve à la fin du mois d'août (PALAT, III, P. 11).), dut d'abord reculer, mais put regagner une partie du terrain perdu, grâce à l'intervention du 2e corps qui avait pour mission de défendre les passages de la Meuse de Luzy à Sassey. Dans la matinée, une brigade allemande qui essayait de passer le fleuve à Stenay fut jetée dans le fleuve à la baïonnette. Le 2e corps cantonnait sur place et le pont de Stenay était complètement détruit.

 

A la 3e armée, le gros avait passé sur la rive gauche de la Meuse, le 26, à Dun et au-dessus. On se maintenait facilement sur les mêmes positions, le 27, en se reliant à gauche à la 4e armée. En somme, le soir du 27, la 3e armée bordait la Meuse depuis les abords de Verdun jusqu'au qu'au delà de Dun, tandis que la 4e s'en éloignait de plus en plus en se prolongeant à gauche jusqu'à Signy-l'Abbaye. Le mouvement rétrograde de cette dernière était la conséquence forcée de celui de la 5e qui, dans cette journée, avait sa droite en avant de Vervins; mais il nous semble que rien n'obligeait la 3e armée à abandonner si vite la rive droite du fleuve.

 

C'est à Dun que, les Côtes de Meuse, après s'être développées sur la rive droite depuis Neufchâteau, sont traversées par la Meuse. Elles présentent, en avant du fleuve, une épaisseur qui varie de 6 kilomètres, à hauteur de Commercy, jusqu'à 16 kilomètres à Hattonchatel. Sur tout le parcours, la crête domine la plaine de la Woëvre d'environ cent mètres. À Dun, la crête se rapproche de la Meuse en se dirigeant vers le Nord-Ouest et présente une échancrure qui livre passage au fleuve; elle se prolonge ensuite sur la rive gauche dans la direction de Signy-l'Abbaye. La Meuse, en amont de Dun, n'est pas un réel obstacle.

 

Il résulte de ces particularités que, entre Dun et Verdun, la véritable ligne de défense est constituée non pas par le fleuve, mais par les hauteurs qui en sont éloignées en moyenne de dix kilomètres. Il y avait là une position militaire de grande valeur que l'on pouvait renforcer au moyen des ressources de la fortification passagère. Elle semblait devoir convenir à la 3e armée qui aurait pu y rester tant qu'elle n'aurait pas été débordée par sa gauche, car elle aurait été appuyée à droite aux ouvrages de Verdun. Au delà de Dun, au contraire, la Meuse est une ligne de défense naturelle qui a une réelle valeur, surtout à partir du confluent de la Chiers; de plus, cette ligne d'eau est doublée en arrière par une ligne de hauteurs qui s'étend jusque vers Signy-l'Abbaye. La 4e armée, dans sa retraite, était naturellement conduite sur cette position, et, tant qu'elle s'y maintenait, la 3e pouvait rester sur les hauteurs de la rive droite, ayant seulement ses parcs et convois de l'autre côté, vers Brieulles, Consenvoye et Charny. Or, le soir du 27, la droite de la 4e armée tenait encore ferme vis-à-vis de Stenay, tandis que sa gauche avait fait bonne contenance à Signy-l'Abbaye. Ayant appris que, dans cette journée, la 4e armée sur l'ensemble de son front avait repoussé les attaques de l'ennemi, le général en chef faisait savoir au général de Langle qu'il ne voyait pas d'inconvénient à ce qu'il restât dans ses positions le 28, mais que le 29 tout le monde devait être en retraite. Le chef de la 4e armée ne voulait pas se contenter de résister : le lendemain, il se proposait d'attaquer. Pour augmenter ses chances, il avait demandé l'appui de la 3e armée, et la 7e division, qui formait, la gauche de cette armée, devait être mise à la disposition du général qui commandait le 2e corps. Mais les Allemands ne nous laissèrent pas l'initiative : presque partout ils prirent l'offensive. Sur le front du 2e corps, au-dessous de Stenay, l'action se réduisit à peu près à une canonnade par-dessus la Meuse (Palat, V, p. 101); mais, à sa droite, la 7e division eut à se défendre contre des colonnes qui avaient passé la Meuse au sud de Stenay. Elle ne put que se maintenir, grâce à l'appui de la 8e division du côté de Dun et à celui de la 10e à sa gauche. Trois divisions de la 3e armée étaient donc intervenues dans la lutte. Sur le reste du front, il n'y eut, dans cette journée, aucun contact avec l'ennemi.

 

Il en fut tout autrement à la gauche du 2e corps : les corps colonial, 12 et 17, eurent à résister aux Allemands qui avaient passé le fleuve entre Mouzon et Remilly; mais, ni d'un côté ni de l'autre, on ne montra beaucoup d'ardeur. Après des alternatives d'avance et de recul, les corps français se retrouvèrent, le soir, à peu près sur les mêmes positions que la veille.

 

Plus à gauche, le 11e corps, appuyé par la 60e division, fut engagé sur tout son front, au plateau de la Marfée, au pont Maugis et vers Donchery; non seulement nos adversaires ne firent aucun progrès, mais sur plusieurs points ils furent obligés de repasser la Meuse.

 

L'action principale, dans cette journée, eut lieu sur le front du 9e corps qui avait pour mission de couvrir la gauche de la 4e armée. Le général Dubois, qui commandait le 9e corps provisoire, avait sur sa droite la 52e division et la 9e division de cavalerie qui le reliaient au 11e corps. Il était établi sur un large front, la 17e division devant Boulzicourt, la division marocaine à Signy-l'Abbaye.

 

Le 28, dès 3 heures du matin, les avant-postes de cette dernière furent attaqués au nord de Signy. Ces avant-postes se replièrent lentement vers le Sud-Est, dans la direction de Launois et le faible détachement qui occupait Signy, menacé d'être débordé par sa gauche, dut bientôt abandonner ce village, que l'ennemi s'empressa d'occuper. L'intervention du gros de la division marocaine ne tarda pas à arrêter ses progrès, mais on ne se trouva pas en mesure de reprendre le terrain perdu. Pendant ce temps, la 17e division, à Boulzicourt, restait inactive, son chef ne sachant s'il devait intervenir à gauche ou à droite ou se faisait entendre le canon de la 52e' division. Il est probable que, si les troupes du 9e corps avaient été mieux concentrées et plus judicieusement employées, elles auraient obtenu un beau succès; mais le général de Langle, avisé de la situation vers 15 heures, trouva qu'il était trop tard pour faire intervenir la 17e division. De plus, la 9e division de cavalerie (général de l'Épée) avait reçu l'ordre de se porter à la gauche de la division du Maroc pour y remplacer la 4e division qui venait d'être rattachée à la 5e armée; elle devait couvrir la route de Rethel par Novion-Porcien; mais elle s'arrêta en route pour participer, à la droite de cette division, à l'action dans laquelle celle-ci était engagée. Il en résulta que, malgré la vaillante résistance de la division marocaine, la route de Rethel par Signy-l'Abbaye se trouva découverte. Un détachement allemand entra le soir même à Novion-Porcien et, quand une brigade de la 9e division de cavalerie s'y présenta, à 21 heures, elle y fut reçue par des coups de leu. La division, au lieu de tenir la route de Rethel, alla cantonner près de Launois, derrière la division du Maroc.

 

A part cet échec, la 4e armée, dans son ensemble, s'était à peu près maintenue dans ses positions dans la journée du 28; mais, pour se conformer aux instructions du général en chef, le général de Langle prit dans la soirée ses dispositions pour rapprocher toute son armée de l'Aisne dans la journée du lendemain.

 

Pendant la retraite de ces derniers jours, les places de Longwy et de Montmédy tombaient entre les mains de l'ennemi. Le bombardement de Longwy avait commencé le 21, et la place dut capituler le 26. A Montmédy, le commandant, jugeant avec raison toute résistance impossible, essaya de s'échapper avec la garnison dans la nuit du 27 au 28; mais, après avoir erré dans les environs de la place, ils tombèrent entre les mains de l'ennemi qui en massacra une partie. Le haut commandement a eu tort de n'avoir pas prescrit l'évacuation de cette place en temps utile, car on aurait dû comprendre qu'elle ne pouvait pas plus que Longwy jouer un rôle pour la défense du pays. En fait, si elles ont retenu devant elles quelques fractions de la Ve armée allemande, elles n'ont pas ralenti les progrès des armées ennemies vers la Meuse : elles ne pouvaient servir qu'à donner à l'adversaire des prisonniers et du matériel. Il en était de même des forts des Ayrelles et d'Hirson : ces ouvrages isolés n'auraient jamais dû exister; ils ne répondaient plus aux conditions de la guerre contemporaine : c'est une des erreurs de l'organisation défensive de notre frontière.

 

En réalité, les opérations sur la frontière de Belgique se sont déroulées, au mois d'août 1914 comme si ces ouvrages de fortification n'existaient pas.

 

Le soir du 28 août, au moment où la 5e armée, conformément aux instructions du général en chef, se disposait à prendre l'offensive sur Saint-Quentin, la 4e avait perdu la route de Rocroi à Rethel. Nos deux armées étaient séparées par un intervalle de 40 kilomètres, et on pouvait craindre que l'ennemi s'y précipitât de manière à déborder la 4e armée par la gauche et la 5e par la droite. Mais les projets des Allemands ne devaient pas les amener à entreprendre une pareille opération : depuis la bataille de Charleroi, le but principal qu'ils poursuivaient était de déborder l'armée britannique par la gauche, et consécutivement la 5e armée française, si c'était possible. A la suite de la bataille du Cateau, ils mirent à la réalisation de ce projet toute l'activité possible : à droite, la Ire armée dut se porter sur la Somme et la IIe appuyer elle-même vers la droite pour rester en liaison avec la Ire Elle .était ainsi amenée à s'éloigner de la IIIe qui, ayant passé la Meuse entre Dinant et Fumay, remontait le fleuve par la rive gauche.

 

Ces diverses armées n'avaient plus, d'ailleurs, les mêmes effectifs qu'à leur entrée en Belgique. Des sept corps de la Ire armée, deux étaient restés en observation vis-à-vis de l'armée belge à Anvers, les IIIe et IXe de réserve; il n'en restait plus que cinq (II, III, IV, IX et IV de réserve) avec la cavalerie von Marwitz, pour pénétrer en France. C'était cette cavalerie qui, avec le IIe corps, avait bousculé nos divisions de réserve et territoriales, en les poussant en désordre sur la Somme vers Amiens et au-dessous. Le 28, le gros de l'armée s'étendait des abords de Saint-Quentin jusqu'au delà de Péronne, qui était occupée dans la soirée. La IIe armée était également affaiblie sur les six corps qu'elle avait au début des hostilités, le VIIe de réserve était employé à l'investissement de Maubeuge et le corps de réserve de la Garde, à la suite de la bataille de Charleroi, avait été retenu sur la Sambre pour être dirigé sur la Prusse orientale où les progrès des Russes étaient inquiétants. Il. ne restait que quatre corps, avec la cavalerie Richtofen, pour poursuivre l'invasion : à droite, le VIIe était entré à Saint-Quentin à la suite des Anglais, suivi à quelque distance du Xe de réserve, tandis que le Xe et le corps de la Garde étaient portés sur le cours supérieur de l'Oise, l'un vers Guise et l'autre dans la direction de Vervins.

 

Enfin, à la IIIe armée, le XIe corps, qui en formait la droite, avait aussi été dirigé vers la frontière russe avec la 8e division de cavalerie. De plus, une division du XIIe corps de réserve (la 24e) avait été chargée d'attaquer Givet, de sorte que cette armée ne disposait plus que de deux corps et demi (XIIe, XIXe corps, 23e division) pour progresser sur notre territoire. C'est aux deux corps XII et XIX qu'avaient eu affaire notre 9e corps et la 52e division dans les journées précédentes, tandis que la 23e division se portait sur Rumigny pour relier la IIIe armée à la IIe. De Signy-l'Abbaye à La Capelle, par où cheminait la Garde prussienne, c'est-à-dire sur un intervalle de 40 kilomètres, il n'y avait donc que cette division, et la liaison n'était pas beaucoup mieux assurée que de notre côté.

 

Le général Lanrezac pouvait donc attaquer sur Saint-Quentin, sans courir de, danger pour son flanc droit. Ayant pris toutes ses dispositions dans la journée du 28 août, il se trouva prêt le 29 au matin.

 

Jusqu'au dernier moment, le chef de la 5e armée avait cru pouvoir compter sur le concours de l'armée anglaise; le 28, dans l'après-midi, le général Douglas Haig, lui avait fait savoir que son infanterie avait besoin d'un jour de repos, mais que l'artillerie et les mitrailleuses, avec un soutien suffisant, pourraient être mises à la disposition de la 5e armée, si le maréchal French y consentait, et que, d'ailleurs, l'infanterie serait prête à combattre le 29 au soir. Mais, justement, il se trouva que le maréchal French qui, dès le soir du 27, avait porté son quartier général à Compiègne (p. 178) n'y consentit pas. Le chef de. l'armée anglaise, depuis que son 2e corps avait été si fortement secoué au Cateau, voulait éviter d'affronter de nouveau le choc de 1'armée allemande et, le 29, à 2 heures du matin, le général Douglas Haig fit savoir à Lanrezac qu'il ne pourrait participer à l'offensive sur Saint-Quentin comme il était convenu, le maréchal French ayant refusé d'y consentir. (Lanrezac, p. 231).

 

Le général Lanrezac devait cependant exécuter l'opération qui lui avait été prescrite, et il décida que les fractions disponibles du groupe Valabrègue se substitueraient aux Anglais à la gauche du 18e corps. Celui-ci, à 8 heures du matin, se mettait en mouvement, traversait l'Oise entre Mont-d'Origny et Sery-les-Mézières, et se dirigeait sur Saint-Quentin par Homblières et Marcy. Il n'avait d'abord devant lui que le VIIe corps allemand, dont les troupes avancées cédèrent le terrain sans beaucoup de résistance. Un peu plus tard, les troupes du groupe Valabrègue traversèrent l'Oise à Berthenicourt et Moy et marchèrent sur Itancourt et Urvillers. A midi, la 69e division occupait ce dernier village. De l'autre côté du 18e corps, la 6e division, tenant la tête du 3e corps, passait l'Oise vers 9 heures entre Origny-Sainte-Benoîte et Bernot. La 5e division devait l'appuyer à droite, tout en surveillant la direction de Guise où l'ennemi avait pénétré dès le soir du 26. La 37e division devait se porter par Housset sur le Hérie-la-Viéville pour la soutenir. Mais bientôt le VIIe corps allemand allait être soutenu à droite par la cavalerie Richtofen et par le IXe corps qui formait la gauche. de Ire armée et qui, en route pour Vermand, changea de direction pour se rapprocher, de Saint-Quentin. A gauche, le Xe corps de réserve devait apparaître dans l'après-midi. C'en était assez pour arrêter les progrès de notre offensive; mais, de plus, la droite de la 5e armée allait être attaquée par les deux corps de gauche de la IIe armée allemande, qui avaient été dirigés, le Xe sur Guise, et la Garde sur les passages de l'Oise au-dessus de cette ville.

 

L'attaque du 3e corps à l'Ouest de l'Oise n'était pas encore bien dessinée quand déjà l'ennemi débouchait de Guise et d'Etréaupont. Le chef du 10e corps, qui surveillait les directions du Nord, en rendit compte au général Lanrezac. Celui-ci avait transporté son quartier général à Laon. Quoiqu'un peu loin du champ de bataille, comme il avait prévu l'attaque qui se prononçait, il prit sans hésitation les mesures nécessaires pour y résister. Il prescrivit au 18e corps et au corps Valabrègue, tout en se maintenant vis-à-vis de Saint-Quentin, d'éviter de s'engager à fond contre des forces supérieures; au 3 corps, de ne laisser que son avant-garde à l'Ouest de l'Oise et de porter le gros de ses forces sur Guise; au 1er corps, d'appuyer le 10e de tous ses moyens et à la 4e division de cavalerie de manúuvrer au nord de Vervins pour agir dans le flanc gauche de l'ennemi avec l'appui de la 51e division.

 

Il n'était pas possible de prendre de meilleures dispositions : le général en chef, qui se trouvait à Laon avec le général Lanrezac, laissa faire son subordonné sans manifester son approbation autrement que par un signe de tête. Poussé par la coterie qui l'entourait, il était venu avec l'intention de relever le jour même Lanrezac de son commandement. Mais le moment eût été vraiment trop mal choisi, car ce qui se passait prouvait manifestement que le subordonné avait vu plus juste que le général en chef. Ce dernier devait en être convaincu : il évita de le reconnaître d'une manière formelle, mais il ajourna sa décision et laissa son lieutenant diriger la bataille d'après les vues judicieuses qu'il venait d'exposer.

 

A partir de ce moment, l'offensive sur Saint-Quentin n'est plus que secondaire : la bataille. va se déplacer et l'action principale se dérouler aux environs de Guise. Vers midi et demi, le 3e corps put d'abord chasser de Bertaignemont les Allemands qui s'en étaient emparés et, dans l'après-midi, les tentatives qu'ils firent pour reprendre ce village furent repoussées par la 37e division. A droite de la route de Marle à Guise, le 10e corps était engagé contre le corps de la Garde prussienne qui débouchait de l'Oise. Sur plusieurs. points, il dut céder du terrain jusqu'à l'entrée en ligne du 1er corps, dont les tètes de colonne se montraient dès 10 heures entre le 10e et le 3e. A droite, la 4e division de cavalerie et la 51e division arrêtaient l'ennemi sur la route de Vervins. À 17 heures, le gros du 1er corps était en ligne. On passa à l'offensive générale sur le front de 25 kilomètres qui s'étendait de Vervins à Mont-d'Origny. Toutes les positions perdues furent reprises et les Allemands rejetés sur l'Oise, qu'ils repassèrent pendant la nuit. Du côté de Saint-Quentin, on avait dû se retirer devant les contre-attaques allemandes et revenir sur la rive gauche de l'Oise. En somme, le but que l'on visait était atteint : on avait retardé le mouvement des colonnes allemandes entre l'Oise et la Somme d'au moins vingt-quatre heures, ce qui donnait quelque répit aux Anglais, et on avait refoulé les deux corps allemands qui, en débouchant de l'Oise supérieure, auraient pu rompre complètement toute liaison entre les 4e et 5e armées. C'était un vrai succès, qui était dû à la prévoyance et à la sagacité du général Lanrezac.

 

 

Malheureusement, pendant que la 5e armée obtenait ce résultat en livrant bataille pour dégager l'armée britannique, celle-ci non seulement n'intervenait d'aucune sorte, mais ne se trouvait pas en sécurité sur l'Oise, de La Fère à Noyon; elle allait continuer son mouvement rétrograde de manière à se rapprocher de l'Aisne.

 

Cependant, le général Joffre, après avoir passé la matinée du 29 près du général Lanrezac, s'était transporté au quartier général du maréchal French à Compiègne. Il lui demanda, sinon de concourir à la bataille, du moins de tenir sur place, lui faisant remarquer que, pendant que Lanrezac combattait à sa droite sur l'Oise, au-dessus de La Fère, la 6e armée devait intervenir à sa gauche sur la Somme. Mais le maréchal French savait que les divisions qui devaient former la 6e armée n'étaient pas réunies, que les divisions de réserve 61 et 62, qui auraient dû en faire partie, avaient été bousculées, comme les divisions territoriales du général d'Amade et rejetées comme elles sur la Somme vers Amiens et au-dessous, et que les deux autres divisions de réserve qui devaient faire partie de cette armée n'étaient pas encore en ligne, et il était en droit de penser que la partie disponible du 7e corps n'était pas en mesure d'arrêter longtemps les progrès de von Kluck. Il déclara donc que son armée était, pour le moment, incapable d'aucun effort et qu'il allait l'éloigner de l'Oise pour la ramener sur l'Aisne. Il paraît même que, à ce moment, les chefs de l'armée britannique songeaient à abandonner la partie et à se rapprocher de leurs bases, pour se rembarquer. Le maréchal French ne perdait pas de vue les instructions générales qu'il avait reçues de son gouvernement au moment de l'entrée en campagne.

 

" Vous coopérerez à l'action de l'armée française, - lui avait écrit le ministre de la guerre, lord Kitchener, - pour écarter l'invasion du Nord de la France et libérer la Belgique, sans oublier que vous êtes un chef indépendant; en conséquence, vous n'accepterez jamais d'être placé sous les ordres d'un général français. Vous ne perdrez pas de vue que la force de notre armée est limitée; vous ménagerez vos troupes avec le plus grand soin et obligerez vos subordonnés à faire de même. Au cas où 'vous risqueriez d'être entraîné à une offensive où les chances du succès seraient incertaines, vous nous préviendriez et attendriez pour agir que nous vous ayons fait connaître notre décision. " (Lanrezac, p. 64.)

 

Il est certain que ces instructions n'étaient pas faites pour faciliter l'exercice du commandement de la part du généralissime français. Cependant, jusqu'à présent, nos alliés s'étaient vaillamment comportés : à Mons comme au Cateau. Mais ils s'étaient trouvés dans des conditions qu'ils étaient loin d'avoir prévues, après avoir été presque toujours mal renseignés sur les mouvements de l'ennemi. Au moment où le maréchal French s'était porté sur Mons (le 22), les informations qu'il avait reçues de notre grand quartier général (Lanrezac, p. 32 1) étaient de nature à lui faire croire qu'il n'avait devant lui que deux corps au plus, et cependant, depuis deux jours, l'armée belge était rejetée sur Anvers et les Allemands étaient entrés à Bruxelles, et ce n'est que le 23, pendant la bataille, qu'il avait été avisé qu'au moins trois corps allemands étaient en marche contre l'armée britannique et qu'un quatrième (le IIe) opérait un mouvement débordant par Tournay. Les jours suivants, il avait pu constater qu'aucune force sérieuse n'avait été réunie sur sa gauche pour le protéger, qu'au contraire celles qui s'y trouvaient avaient été bousculées et dispersées, alors que le 2e corps anglais ,avait été accablé au Cateau et y avait subi de grosses pertes. On comprend que, en présence d'une pareille direction, les chefs de l'armée anglaise aient éprouvé un véritable découragement. Rien ne put donc empêcher le maréchal French de continuer sa retraite.

 

Il faut d'ailleurs remarquer que ce qui se passait sur la Somme, au moment même où le général Joffre essayait de le retenir sur l'Oise, n'était pas de nature à modifier ses dispositions. Pendant que nos divisions de réserve et territoriales se retiraient sur la Somme à Amiens et au-dessous, le 7e corps, si tardivement rappelé d'Alsace, opérait ses débarquements entre Amiens et Montdidier. Le général Maunoury, qui devait commander la, 6e armée, avait de plus sous ses ordres le corps de cavalerie du général Sordet; mais les hommes et les chevaux se trouvaient dans un tel état d'épuisement qu'on avait dû les renvoyer en arrière, en constituant avec leurs meilleurs éléments une division provisoire de 18 escadrons (un par régiment) qui, sous les ordres du général Cornulier-Lucinière, devait seule rester au contact de l'ennemi et surveiller les débouchés de la Somme au sud de Péronne, appuyée par une brigade de troupes africaines sous les ordres du général Ditte. Au 7e corps, le général Maunoury ne disposait que de la 14e division qui, le 28 au soir, était venue s'établir de Ployart à Villers-Bretonneux, renforcée de quelques bataillons de chasseurs; mais, comme il n'était pas mieux renseigné que le général en chef sur les mouvements de l'ennemi, il avait pris le parti de tenir sur ses positions.

 

Le 29, à 7 heures du matin, au moment même où s'engageait la bataille de Saint-Quentin, la 14e division fut attaquée par les forces supérieures du IIe corps allemand appuyé d'une division du corps de cavalerie von Marwitz. Après une vaillante résistance, le général Maunoury, qui connaissait la retraite précipitée de l'armée britannique sur l'Oise et le peu de consistance des divisions de réserve qui se trouvaient à sa gauche, crut devoir prescrire de rompre le combat et de se replier vers le Sud. On n'y réussit qu'en subissant de grosses pertes; mais l'ennemi, qui lui-même en avait éprouvé de plus grandes, ne poursuivit pas, et la 14e division put aller cantonner, la nuit suivante, à Fignières, à 4 kilomètres au nord de Montdidier, ayant sur sa droite la division Cornulier-Lucinière près de Roye et, près d'elle, la brigade Ditte à Quesnoy-en-Santerre. En même temps, le groupe des divisions de réserve Lamaze (55e et 56e divisions) débarquait aux environs d'Estrées-Saint-Denis, et l'une d'elles se portait sur l'Avre, à gauche et au sud de Roye. Tout cet ensemble reprenait, le lendemain, la direction de Paris, le 7e corps ralliant sa seconde division (la 63e). Sur la gauche, le gros du corps Sordet était encore à Ailly-sur-Noye le 30 au matin, mais il se repliait l'après-midi sur Crèvecoeur et continuait le jour suivant par Beauvais sur Pontoise avec les 61e et 62e divisions de réserve, pendant que les divisions territoriales abandonnaient la Somme pour se retirer sur la Normandie.

 

Ainsi, à partir du 30, il n'y avait plus aucune force capable d'arrêter les progrès des Allemands entre la Somme et l'Oise. C'était le résultat d'une direction absolument incohérente : il est certain qu'il aurait pu en être autrement si les mouvements de tous les éléments dont on avait disposé avaient été coordonnés d'une manière plus judicieuse. Quant aux Anglais, dès l'après-midi du 29, le 2e corps se remettait en mouvement pour aller, à travers la forêt de Compiègne, sur Nanteuil-le-Haudoin, et le 1er corps abandonnait le lendemain La Fère pour se porter, à travers la forêt de Saint-Gobain, dans la direction de Soissons. Le maréchal portait son quartier général à Crépy-en-Valois. Cette retraite précipitée devait rendre impossible la prolongation de la résistance des deux côtés de l'Oise.

 

Malgré le succès incontestable obtenu par la 5e armée dans la journée du 29 août, la situation des forces françaises, dans leur ensemble, ne lui permettait pas de se maintenir longtemps sur le théâtre de l'action : la retraite précipitée des Anglais découvrait complètement son flanc gauche, tandis que celle de la 4e armée, obligée, malgré une vaillante résistance, de se retirer sur l'Aisne, à droite de Rethel, permettait aux Allemands de menacer sa droite.

 

La 5e armée, le soir de la bataille, se trouvait donc complètement en l'air, et il était nécessaire qu'elle reprit, dès le lendemain, son mouvement de retraite. C'était l'avis du général en chef, aussi bien que celui du général Lanrezac. Cependant, ce dernier, qui ne connaissait pas très exactement la situation de l'armée britannique, avait résolu, avant de se mettre en retraite, d'achever de rejeter au delà de l'Oise les Allemands qu'il avait devant lui; mais ses instructions prescrivaient de ne les suivre, dans aucun cas, au delà de la rivière.

 

D'après ces vues, le 1er corps et le 10e reprirent l'offensive dans la matinée du 30. Presque partout les Allemands furent refoulés, et la Garde prussienne laissa des prisonniers entre nos mains. A la droite du 10e corps, la 4e division de cavalerie et la 51e division poussèrent en avant avec le même succès, si bien que le général Abonneau, qui les commandait, se disposait à outrepasser ses instructions et à franchir l'Oise à Etréaupont pour tomber dans le flanc gauche des Allemands.

 

On était donc en bonne voie au centre et à droite de la 5e armée, lorsque, vers 11 heures, on reçut un ordre du général Lanrezac prescrivant d'une manière formelle de rompre le combat et de se replier sur la Serre. C'était conforme aux instructions générales envoyées, la nuit précédente, par le général en chef et confirmées le matin du 30. (Lanrezac affirme qu'il ne reçut jamais l'ordre de la nuit et qu'il n'en eut connaissance que le 30, vers 8 heures, par un message téléphonique de confirmation (LANR., page 242).)

 

" Malgré toute la peine que je vais vous causer, disait " Joffre, je vous donne l'ordre de battre en retraite pour " raisons supérieures " (Palat, V, p. 228).

 

Ce fut, pour les troupes qui étaient si bien engagées, une véritable déception, car elles n'en comprenaient pas la nécessité. On dut cependant mettre cet ordre à exécution, et ce ne fut pas sans difficulté, parce qu'on était toujours au contact de l'ennemi et sous le feu de son artillerie : à la 51e division, notamment, on fit des pertes sensibles. D'ailleurs, les Allemands ne firent aucune poursuite, et, le soir, le gros de la 5e armée se trouva au sud de la Serre, le groupe Valabrègue allant jusqu'à La Fère et Chauny pour y garder, avec l'appui du 148e de la brigade Mangin, que le général Lanrezac (p. .244) y avait envoyé par voie ferrée, les passages de l'Oise que les Anglais avaient abandonnés.

 

En réalité la continuation de la retraite était indispensable, car déjà la cavalerie allemande de Richtoffen était à Noyon, menaçant les communications de la 5e armée du côté de l'Oise, tandis que du côté opposé la IIIe armée allemande attaquait l'Aisne aux environs de Rethel.

 

Malgré l'heureuse résistance de la 4e armée dans la journée du 28, elle avait reçu l'ordre de reprendre la retraite le lendemain. Les corps 2, colonial, 12, 17 et 11 devaient se retirer par Grandpré, Boult-aux-Bois, Quatre-Champs, le Chesne et Tourteron, en laissant des arrière-gardes à tous les débouchés de l'Argonne, jusqu'au 29 au soir; là la gauche, le 9e corps, avec la 9e division de cavalerie, devait protéger le mouvement en se. maintenant autour de Launois et de Poix-Terron; les mouvements purent s'exécuter sans difficultés tels qu'ils avaient été prescrits, sauf au 9e corps où le général Dubois comprit que, en restant à Poix-Terron et Launois, il se trouvait complètement en l'air, et il jugea que la seule manière de couvrir le gros de l'armée, sans courir de graves dangers, était de se porter dans la direction de Rethel, en essayant d'y prévenir les colonnes ennemies. En conséquence, il prescrivit au gros de la 17e division de se porter sur Novion-Porcien, entre Signy-l'Abbaye et Rethel, sous la protection de la division marocaine, qui resterait à Launois jusqu'à son écoulement, puis viendrait s'établir à Saulces-Moulin, à la droite de la 17e division. En outre, la 9e division de cavalerie, à l'extrême gauche, se porterait au plus vite sur la route de Rethel, à Signy-l'Abbaye, en s'efforçant de retarder les progrès de l'ennemi. Ces dispositions, communiquées au général de Langle, furent approuvées par lui.

 

Au point du jour du 29, la division marocaine fut attaquée; mais, renforcée de trois bataillons et d'un groupe d'artillerie de la 17e, elle brisa facilement l'offensive ennemie, et, quand le gros de cette division eut défilé derrière elle, elle put se replier lentement dans la direction de l'Aisne. Mais la 17e division, en poursuivant sa marche sur Novion-Porcien, se trouva en présence de forces considérables à hauteur de Saulces-Moulin, et son chef crut devoir se diriger également sur l'Aisne, en se portant vers Auboncourt et Novy, pendant que la division du Maroc gagnait Alland'huy et Charbogne.

 

Cependant la 9e division de cavalerie restait maîtresse de la route de Rethel et put cantonner le soir au nord de la ville, à Bertoncourt et Sorbon, avec l'appui de deux bataillons qui venaient d'y débarquer. Cette route n'était donc pas complètement découverte.

 

Dans la journée du 30, la IIIe armée allemande allait reprendre l'offensive, et elle devait réussir à atteindre l'Aisne à Rethel, mais ce ne fut pas sans une nouvelle lutte avec les éléments de gauche de la 4e armée.

 

De fait, ces éléments, depuis la veille, ne dépendaient plus directement du général de Langle. Ils en avaient été détachés pour former un nouveau groupement sous les ordres du général Foch qui, jusqu'à ce moment, avait commandé le 20e corps. Ce groupement devait recevoir des renforts et former un peu plus tard la 9e armée; mais, le 30 au matin, aucun de ces renforts n'était arrivé, et le général Foch, qui voulait arrêter l'ennemi sur le chemin de Rethel, n'avait encore sous ses ordres que les deux corps 9 et 10 (11e ?), avec les divisions de réserve 52 et 60, et la 9e division de cavalerie. Il leur donna néanmoins l'ordre de se porter au devant des Allemands.

 

D'après ses instructions, le 9e corps, qui avait cantonné la nuit précédente à proximité de l'Aisne et à droite de Rethel, devait marcher vers le Nord-Ouest pour s'emparer de la route de Novion-Porcien et interdire à l'ennemi l'accès de Rethel. La 9e division de cavalerie, qui avait cantonné à l'ouest de la ville, devait se reporter en avant pour concourir à l'action. Tout le IIe corps devait s'engager à la droite du 9e avec les 59e et 60e divisions de réserve.

 

Dès 5 heures du matin la division marocaine et la 17e division se mirent en mouvement de Novy et d'Aboncourt, et se trouvèrent rapidement au contact de l'ennemi. Une violente lutte d'artillerie s'engagea sur tout le front et nos troupes purent faire quelques progrès près de la route de Rethel à Launois.

 

Mais, à la droite, la 52e division et le IIe corps, sur lesquels on comptait, ne se montraient pas. Ils s'étaient cependant mis en route de bonne heure; mais, à Chesnois, la 52e division avait trouvé l'ennemi en force et avait dû se retirer sur Sorcy et sur Alland'huy; plus à droite, le IIe corps, qui s'avançait par Tourteron, se trouva en présence des masses considérables appuyées par une nombreuse artillerie et fut obligé de se retirer sur Attigny pour y passer l'Aisne sous la protection de la 60e division qui tenait Charbogne, et de quelques batteries établies au nord de Saint-Lambert. Le 9e corps était donc livré à lui-même, au nord-est de Rethel, et avait à tenir tête aux forces notablement supérieures de la IIIe armée allemande.

 

A 14 h. 30, le général Dubois apprit que le IIe corps avait dû reculer et fut obligé de prendre lui-même ses dispositions pour la retraite, qui commença vers 17 heures. Le gros s'écoula par le pont de Thugny et le ,reste par Seuil et Ambly. On ne put utiliser le pont de Rethel dont un détachement ennemi s'était approché. La 9e division de cavalerie restait sur la rive droite de l'Aisne, dans la région de Château-Porcien.

 

Sur ces entrefaites, les bataillons de la 42e division (La 42e division venait du 6e corps auquel il restait la 12e et la 40e.) qui était le premier renfort attendu, commençaient à débarquer. On les établit au sud de Rethel, à la gauche du 9e corps, au fur et à mesure qu'ils étaient disponibles. A sa droite, la IIe et la 60e divisions étaient cantonnées au sud d'Attigny; quant à la 52e, fortement ébranlée, elle fut renvoyée sur la Suippe pour s'y reconstituer.

 

D'après les ordres du général Foch, la retraite dut continuer le 31 août, et les troupes sous ses ordres vinrent s'établir sur la Retourne, les éléments de la 42e division à gauche, vers Bergnicourt; le 9e corps du Chatelet à Juniville; le IIe de Bignicourt à Machault.

 

Le gros de la 4e armée devait se conformer à ces mouvements rétrogrades.

 

Dans la journée du 30, le 17e corps, marchant par le Chêne-Populeux, avait passé l'Aisne à Voncq et Semuy, se reliant par sa gauche au IIe; mais le 12e corps, le corps colonial et le 2e corps étaient restés sur la rive droite, tenant encore les débouchés orientaux de l'Argonne jusqu'à Grandpré. La 3e armée s'étendait toujours de Grandpré à la Meuse, dans le voisinage de Dun. L'ennemi n'était nullement pressant. Le soir du 30, le gros de la Ve armée allemande était encore sur la rive droite de la Meuse, de Stenay à Consenvoye. Malgré le recul des forces commandées par le général Foch, le général Sarrail, qui venait de prendre le commandement de la 3e armée à la place du général Ruffey, eut l'idée de prononcer un mouvement offensif entre la Meuse et l'Argonne, en y faisant participer les corps de la 4e armée qui se trouvaient. à sa gauche. Le 31, au matin, on se porta en avant sur toute la ligne, et le 4e corps fit d'abord quelques progrès dans la direction de Stenay; mais bientôt on fut arrêté à Beaufort, tandis que, à droite, les Allemands débouchaient de Dun et attaquaient Doulcon. En même temps, à la gauche, les troupes de la 4e armée ,s'étaient portées en avant sans entrain, leurs chefs se rendant sans doute compte des dangers que pouvaient leur faire courir les Allemands qui tenaient l'Aisne à Attigny et à Rethel. Trouvant devant elles une partie de la IVe armée allemande, elles se mirent en retraite vers 13 heures (PALAT, V, p. 310.), et la 3e armée dut se conformer à ce mouvement rétrograde.

 

Le soir du 31 août, on se retrouva à peu près dans les mêmes positions que le matin, la 3e armée de Bautheville à Bayonville, tenant la Meuse à Sivry et Consenvoye, et se reliant aux divisions de réserve qui, sur la rive droite, occupaient les abords du camp retranché de Verdun. A la 4e armée, on tient encore les débouchés de l'Argonne, de Grandpré à l'Aisne aux environs de Terron, avec les corps 2, colonial et 12, tandis que le 17e corps reste établi sur la. rive gauche, au nord-ouest de Vouziers se reliant par sa gauche à l'armée du général Foch.

 

L'ensemble de ces forces se tenait assez bien; mais les mouvements de la gauche, obligée de passer au sud de l'Aisne, n'avaient fait qu'accroître l'intervalle qui les séparait de la 5e armée, qui était venue s'établir dans la matinée du 31 dans le voisinage de Laon, tenant par sa droite Sissonne et par sa gauche la forêt de Saint-Gobain. Il y avait ainsi entre elle et la gauche du général Foch un intervalle de 40 kilomètres.

 

Grâce à la brillante résistance du 9e corps pendant les journées du 28, du 29 et du 30, entre Signy-l'Abbaye et Rethel, la IIIe armée allemande n'avait pas eu la liberté de ses mouvements pour tenter de déborder la droite de la 5e armée; mais, du côté opposé, la retraite des Anglais pouvait mettre cette armée sérieusement en danger; car, le 31 août, l'armée britannique devait passer l'Aisne de Compiègne à Soissons, de sorte que, de Noyon à Compiègne, rien ne s'opposait plus au passage de l'Oise par les Allemands, qui pouvaient ainsi menacer les communications de la 5e armée. Et c'est justement ce qu'ils devaient essayer d'entreprendre.

 

Pendant que cette armée était en marche, dans la matinée du 31, on put intercepter, à la tour Eiffel, un radiotélégramme qui prescrivait à la cavalerie allemande de franchir l'Oise à Bailly et de se porter sur le chemin de fer de Laon à Soissons, vers Vauxaillon.

 

Après en avoir eu connaissance, le chef de la 5e armée utilisa quelques trains de vivres qui se trouvaient à sa disposition pour transporter sur Vauxaillon la brigade Simon, de la 38e division. Valabrègue dut lui envoyer un groupe d'artillerie avec escorte. En même temps, le général Lanrezac donna l'ordre au général Abonneau, qui se trouvait à la droite de l'armée, de se porter immédiatement par Craonne sur Vailly, et de se mettre en relations avec la brigade Simon. (LANREZAC, p. 252.).

 

Ces instructions furent heureusement exécutées en temps voulu, malgré l'extrême fatigue de la cavalerie, et on fut en mesure d'arrêter les tentatives faites par l'armée allemande sur la rive gauche de l'Oise, et dont d'ailleurs le gros s'attacha aux arrière-gardes britanniques plutôt qu'aux derrières de la 5e armée.

 

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