PREMIERE BATAILLE DE LA MARNE A CHATEAU-THIERRY, SOUVENIRS D'UNE MERE

1er au 13 septembre 1914

 

relation des événements et de la vie à Château-Thierry par une habitante de la rue des Capucins (actuellement rue Paul Doucet), Il s'agit de Mme Juliette MOUSSEAUX née JOURDAIN. Son père M.JOURDAIN, habitait rue des Filoirs. - Merci à Georges Robinette qui nous a transmis ce texte.

 

Après quelques heures de repos. les premières depuis le 30 août, je vais essayer d'éclaircir un peu mes idées pour me rappeler ces minutes d'angoisse que nous venons de traverser.

Le dimanche 30 août, nous sommes allées, Marcelle et moi, déjeuner à Chierry, mon amie Pauline m'avait dit : "venez, nous passerons une journée ensemble et, si elle doit être la dernière de bonne, nous nous la rappellerons d'autant mieux. La conversation de toute cette journée n'a été que guerre, cette guerre terrible que nous traversons sans savoir jamais ce que nous verrons le lendemain. Les autos et voitures n'ont pas arrêté de passer, toutes chargées de bagages et de gens, ces derniers mêlés et entassés comme les premiers, et avec des figures ravagées et inquiètes.

On nous disait : "les allemands sont à Soissons", et tous fuyaient pour ne pas les voir.

Dès le début de la guerre nous avons eu des personnes qui cherchaient à nous affoler - nous le croyions du moins - à cette minute où d'autres nous faisaient valoir que nous n'avions rien à craindre. Pour ma part je ne voulais pas m'affoler, j'étais seulement fort inquiète.

Quand nous sommes revenues le soir à Château-Thierry, c'était l'angoisse partout. De la nuit je n'ai pas dormi, et j'ai assisté derrière mes persiennes au départ de toutes les personnes du quartier. Dans la rue Carnot, les autos n'ont formé qu'un convoi, on les aurait crues toutes attachées comme les grains d'un chapelet.

Le matin du lundi une chose m'effraie, c'est de rester seule dans la grande maison que nous habitons. Je suis résolue à rester mais si je dois partir quand même il me faut faire quelques préparatifs : un peu de linge pour Marcelle et moi, et des habits pour si nous étions forcées de nous sauver.

A dix heures on sonne à ma porte, Marcelle va ouvrir. Oh, Monsieur Bautinaud, quelle surprise. On s'embrasse, on est fou de joie de recevoir un ami. Nous causons, il nous rassure. Je sais à présent qu'il n'y avait rien de rassurant, mais son seul but était atteint, il nous rendait du courage.

Cinq minutes après son départ, mon voisin sonne chez moi et nous dit : "les allemands sont à Gandelu" !

Les paroles réconfortantes que nous venions de recevoir nous ont rendues incrédules, nous n'y croyons pas, et pour éviter de nous affoler par des nouvelles que nous croyons fausses je décide de ne pas sortir.

Monsieur Boutinaud revient me demander à déjeuner avec un pharmacien ami, de ... (impossible de me rappeler). Je suis contente, à voir nos soldats si confiants, si courageux, j'aurais honte de laisser voir mes craintes. Mon père m'aide. Marcelle aussi et nous nous occupons de servir au plus vite, et qu'il ne manque rien à nos braves soldats qui doivent courir tout à l'heure à leur poste.

Ils sont partis, nous nous sommes dit au revoir et adieu, mais à ce dernier mot je ne crois pas, nous nous reverrons ! (J'ai oublié de dire que la veille il était passé ici des gens qui retournaient chez eux - pourquoi ? Nous n'en savions rien - mais je sais à présent qu'ils fuyaient la bataille toute proche.)

J'entends an dehors des cris, des appels, tout le monde court d'un côté et d'autre, forme des groupes, je ne veux me mêler à rien, et range le désordre de mon déjeuner et puis tape, brosse tapis et rideaux, remise le tout, je retire tout ce qui donne une note d'aisance. Pourquoi ? Dans quel but ? Je ne saurais trop le dire, mais je m'occupe pour ne pas sortir. Le soir cette fois. J'ai besoin de me rendre compte, je veux voir et sors avec Marcelle. Une partie des commerçants sont fermés, le faubourg est affolant. Des paysans passent avec leurs voitures, emmenant leur famille, traînant leurs vaches ou bufs. Oh quel cortège ! Rêve-t-on ou est-ce de la folie? On serait bien en peine d'approfondir. On avance, on court !

Le Maire demande du calme et beaucoup de courage pour ses habitants, on demande des ouvriers sachant faire le pain, on laissera les boulangeries ouvertes.

A ce montent, un encombrement de toutes parts, il arrive des Chasseurs de la Manutention, qui restent près de nous auprès du pont. Ils ont l'air fourbus. Ils disent : "que veut-on de nous ? Nous sommes là sans savoir pourquoi, qui est-ce qui nous guide ? Nous n'avons plus de chefs "

On se gare, on se bouscule, il arrive en sens inverse et brûlant le pavé des Dragons, un cheval tombe avec son cavalier, un deuxième tombe dessus ... Puisque nous nous retrouvons mêlées à tout plein de monde nous nous tenons étroitement enlacées avec ma petite Marcelle, quel bonheur de nous sentir ensemble. Mais il ne faut pas rester là. Viens Marcelle, viens mon petit, fuyons chez Grand-mère, Nous y arrivons, comment ? Nous ne saurions le dire, mais nous y sommes, mon père arrive en même temps, venant vers nous, redoutant le danger.

Les allemands sont tout près, tout le monde fuit, les enfants pleurent, les femmes crient et tout va vers la gare. Nous montons vers le faubourg, on nous accroche : "partez-vous ? Non - Oh si, venez !" Tout le monde m'appelle : "venez avec nous ! Sauvez Marcelle '" Non, je veux eux garder ma fille, je ne veux pas laisser mes parents. Je rentre chez Grand-mère.

Je pleure, on entend le canon ...

Cette nuit terrible du 2 au 3 septembre, je ne pourrais la décrire, car je ne trouverais pas d'expressions pour en faire ressortir toute l'horreur. Nous sommes entre deux feux, et nous ne le savons pas, nous ne comprenons pas au juste ce qui se passe. Le canon résonne, la fusillade est si près, si près que ma mère entend la chute des corps, les derniers cris de nos pauvres français, leurs râles.

Pourquoi la mort ne nous prend-elle pas ? Je crois que je vais mourir car je suis très malade et cela me révolte car mon courage diminue. Ma petite Marcelle est admirable. Je souffre et c'est elle qui me réconforte. J'ai honte de moi car je suis fière d'elle. Mon Dieu, donnez-moi encore un peu de courage. Je souffre un peu mais je me sens plus forte.

Il faut qu'aux premières heures du jour nous fuyions, je veux enlever bien loin ma petite Marcelle. Si je savais qu'elle doive subir les atrocités que l'on nous a prédites je préférerais la tuer de ma main, - mais non - il faut qu'elle vive. Mes parents sacrifieraient leur vie, mais moi je donnerais la mienne avec plaisir pour qu'elle vive.

On bombarde la ville, on entend la maçonnerie qui tombe, à un moment on crie : "le feu !" Alors nous partons, les éclats d'obus tombent autour de nous, nous emportons un peu de "butin" car nous pensons ne jamais revoir nos maisons, mais nous accepterons tout pour conserver notre vie.

On nous dirige on ne sait où, le canon tonne de tous côtés, et nous ne voyons rien. Voilà que du côté de la ville cela se calme, des personnes entendent les trompettes et le galop des chevaux. Sûrement que les allemands sont entrés à Château, il est environ 6 heures du matin. Je supplie mon père, qui ne voudrait pas aller plus loin, d'épuiser nos forces à aller le plus loin possible. Nous fuyons toujours, le canon tonne de plus en plus aux alentours, nous sommes cernés, notre seule issue serait la route de Montmirail. Nous traversons le bois, nos pieds sont en sang, nos cheveux restent après les arbres. Qu'importe, si nous arrivons, mais hélas ! C'est ;au feu que nous avançons. Le bois traversé, la fusillade est toute proche, nous courons d'un autre côté. Nous marchons. Longtemps, longtemps mais nous n'en pouvons plus, nous allons tomber tous les quatre ; puis nous arrivons à une petite cabane, c'est la providence, nous avons là un moment de félicité. Mon père trouve, lui, encore le courage d'aller nous chercher à boire, des bottes d'avoine pour mettre par terre pour nous étendre, nous nous déchaussons et laissons un peu à l'air nos pauvres pieds meurtris. Nous nous forçons pour manger un peu.

Le feu continue tout autour de nous et nous craignons pour la nuit encore une grande bataille. Nous sommes presque résolus à rester là espérant que nous serons protégés.

Vers midi le feu cesse, mais tout à coup nous apercevons les uhlans, nous sommes couchés sans un mouvement, retenant notre respiration. Ils passent par la route mais cherchent partout en éclaireurs, encore un moment de folie, un cycliste allemand passe à trois mètres de nous. Dieu nous a protégés, sans quoi il était impossible qu'il ne nous voie pas, heureusement que nous étions à plat ventre.

Il n'y a pas de doute possible, les Allemands ont pris Château, nous les voyons passer tout près sur la route de Nogentel, plus loin et davantage sur la route d'Essômes.

Mou père juge qu'il faut rentrer à Château; pour mon compte je trouve insensé d'aller au-devant de ce que nous avons fui, mais cette fois nous sommes dociles, car il n'y a plus ni force, ni nerfs, tout est épuisé. Nous nous rechaussons et avec nos bagages nous quittons en rampant jusque la route les vignes où nous étions. En ce moment c'est calme, mais quelle angoisse ! Nous traversons la route, de l'autre côté il n'y a plus rien pour nous abriter, c'est la plaine. Nous apercevons sur des bateaux sur la Marne des allemands, de part et d'autre, ils peuvent nous voir de partout, mais à présent il ne faut plus trembler, si nous devons mourir nous l'acceptons, nous avons trop souffert. Ils peuvent nous tuer comme des lapins.

Nous apercevons le passage à niveau qui devait être notre sauveur, il est gardé par des Allemands. N'ayons pas l'air d'avoir peur. Il faut marcher. Nous sommes tout près, nous levons tous les quatre notre main restée libre dans un espoir de sauvegarde. C'est le contraire, brusquement dix soldats nous tiennent en joue, nous nous mettons à terre. A cette dernière minute je vois que j'aurais dû placer Marcelle à ma droite pour la préserver, mais à quoi bon, il ne faut rien regretter, la mort est un soulagement pour tous.

Je suis prostrée, mais sans frayeur. Je crois même vraiment, à l'heure où j'écris ces lignes, que c'est peut-être le seul instant où je n'ai pas tremblé !

Les coups de fusil que j'attendais ne sont pas partis, mon père me fait me relever, nous sommes tous quatre debout.

Les allemands nous font signe de passer. Nous avançons. Il faudra passer devant eux, mais non, nous apercevons un passage sous la ligne nous permettront-ils d'y aller ? Je les observe et j'ai la conviction que devant la frayeur de maman, moi et Marcelle ils veulent nous faire comprendre qu'ils ne nous veulent pas de mal en laissant là leurs fusils, ils vont hocher un prunier dont ils mangent tranquillement les fruits tombés.

Voilà encore un mauvais pas de passé. Je pense presque que les Allemands sont tout de même des hommes. Dans mon esprit surexcité je les avais pris pour des monstres. Et voilà que dans ces hommes il y en avait aussi de bons, puisque ceux-là nous avaient épargnés.

Marcelle, elle, n'a pas peur. Nous avançons vers la Fausse-Marne, croyant la traverser comme le matin. Impossible, le hasard qui nous avait servis n'est plus pour nous. Comment allons-nous faire ?

Le pont qui est notre seul passage est plein d'Allemands. Il en passe des milliers, chevaux et hommes. Il faut marcher encore, nous passons le pont, comment, nous n'en savons rien. Nous arrivons enfin chez mes parents. La pauvre vieille maison est encore à sa place, nous voyons une femme française mais on n'ose pas causer, ce n'est que des Allemands partout.

Nous sommes rentrés, et quoi qu'il arrive, à part le feu, nous ne quitterons plus (sic). Nous apprenons par les quelques personnes françaises qui restent à Château que nous sommes sous les ordres des allemands. Nous accepterons tout avec calme. Nous nous demandons à cet instant si nous devons être fiers de nos Français en général, mais de toute façon, les autorités et les commerçants de Château nous ont donné un bien triste exemple de leur courage. Tous ceux qui auraient dû rester sont partis. Nous sommes sans pain, sans aucune fourniture alimentaire. Tous les magasins sont pillés et mis à sac. Les allemands qui passent sans cesse rentrent dans les maisons, pillent et cherchent toujours à emporter.

Chez les personnes qui sont restées, ils ne font rien et ne sont pas exigeants. Nous n'avons aucune nouvelle du dehors.

Que fait notre armée, nous laissera-t-elle mourir sans avoir revu nos soldats ?

Nous n'osons pas sortir. La ville est effrayante. On trouve partout des chiens errants que menace la rage, comment les nourrir alors que nous n'avons pas pour nous ? Enfin, chacun y met du sien pour notre sécurité. Aux habitants restants on fait de la soupe avec des vieux bouts de pain trouvés un peu partout.

Du 3 au 8 septembre nous sommes restés habillés, mais nous n'avons pas dormi. Toutes les nuits les troupes allemandes passent. Les nuits du 5 au 6, et du 7 au 8, c'est un vacarme épouvantable, je n'entends pas d'où au juste, mais à l'angoisse que je lis sur les visages, je m'effraie comme ceux qui m'entourent. Mon père dit : "que penser?" Il y a lieu de croire que c'est une débâcle peut-on savoir ? On entend les chevaux, les autos, les voitures, sans pouvoir savoir de quel côté ils vont. Les commandements des chefs sont criards, saccadés.

Dans la soirée du 8, vers 6 heures nous avons vu passer à cinq minutes d'intervalles douze aéroplanes allemands se dirigeant sur l'est. La nuit du 8 au 9 est plus calme, mais nous craignons tout. La journée a été mauvaise, on nous a annoncé que si une parole malsonnante était entendue, celui qui l'aurait prononcée serait fusillé. Si on refuse quelque chose aux Allemands, tout le quartier sera brûlé.

Alors que nous allions nous poser sur le lit, des Allemands sont arrivés, revolver au poing pour nous forcer d'ouvrir une maison voisine dont nous avions les clefs. Ils étaient méchants au possible, ils ont regardé dans toutes les pièces. Que cherchaient-ils ? Nous n'en avons rien su. Ce que j'ai su le lendemain c'est qu'à cette occasion nous l'avons échappé belle. En voulant fermer lui placard j'ai vu deux revolvers dont un, le plus gros, chargé. Nous ne les savions pas là, et si les allemands les avaient vus, les balles auraient été déchargées sur nous. A quoi s'expose-t-on en voulant rendre service !

Toute la nuit nous avions peur du feu. Le matin du 9, tout est plus calme, on rencontre encore quelques Allemands mais il ne passe plus de troupes du tout. Nous avons faim. Mon père tue une poule que Marthe (ma petite apprentie) m'avait apportée avant leur départ, nous avons eu un beau pain, quel bon déjeuner ! J'ai fait la cuisine chez moi, nous avons mangé là tous les quatre. Ma mère est parvenue à avoir un peu de buf l'après-midi, nous mettons un bon pot-au-feu.

Quoi penser encore ? Que nous réserve l'heure suivante ? Vers 3 heures l'après-midi on entend un coup de canon tout proche (toute la semaine nous l'avions entendu mais éloigné), suivi d'une fusillade effrénée. Mon père accourt pour nous dire que les français sont sur la route de Nogentel.

On nous avait dit le matin que les Allemands avaient fait des tranchées route de Soissons, j'ai peur qu'ils soient retranchés aux Chesneaux.

Nous sommes descendues, Marcelle et moi, dans la cave. Nous regrettons bien de ne pas être tous les quatre ensemble. Mais dans notre cave, c'est plus sourd, et j'ai moins peur que dans la nuit du 2 au 3. Jusque 5 heures et demie le feu n'a pas arrêté, les coups de canon non plus, mais il me semble que l'on n'y répond pas. Mon père va d'ici à chez lui, comment ne lui arrive-t-il rien ? On ne peut le tenir. Je le vois prendre dans le jardin trois fleurs. Nous avons trop peur pour penser à quelque chose. Il repart, il revient. "Je crois", dit-il, "que nous sommes sauvés, prenez courage." Il revient dix minutes après, fou de joie, il vient de conduire à l'ambulance les deux premiers chasseurs français. Mais, chose affreuse, un officier allemand qui a endossé une blouse d'infirmier a tiré sur eux, mais heureusement sans les atteindre.

Mon père est heureux, "mes fleurs", dit-il, "ont servi à quelque chose". Là seulement je comprends son geste, il a cherché une fleur bleue, une blanche et une rouge qu'il a données au premier soldat.

Nous restons encore un quart d'heure dans la cave, car la fusillade n'a pas arrêté, mais tout à coup on crie : "vive la France"

Est-ce un rêve ? Nous courons sur le passage de nos troupes, nous pleurons de joie. Ce qui nous fait de la peine, c'est de n'avoir presque rien à donner à nos pauvres soldats alors que les autres, les monstres, en ont tant gâché, tant gaspillé.

Les soldats nous demandent : "vous ont-ils fait du mal ?" Les officiers se détachent pour nous demander des détails, ils sont tout étonnés que nous les ayons eu pendant huit jours. Nous leur disons notre joie de les revoir et nos craintes de revoir les autres. Ils nous rassurent. Oh que ce serait beau s'ils ne revenaient plus !

Du 9 au 14 nous avons vu sans cesse des troupes françaises de tous les Corps. Nous avons encore entendu le canon tout proche. Les officiers nous affirment que l'ennemi sera anéanti. Quelle guerre, quel cauchemar affreux traversons-nous ! Nous voyons tous les jours des blessés de toutes nations. Hier il est passé beaucoup d'artillerie anglaise, beaucoup de blessés anglais aussi. Notre vie reprend un peu plus normalement. Mon père a repris son poste mais c'est en ce moment un rôle difficile. Quelques commerçants sont revenus. Quelle déception ! Quel pillage chez eux ! Que de larmes en voyant tout cela.

Mon oncle d'Épernay est venu à pied pour prendre des nouvelles de ses enfants, mais ils sont partis comme beaucoup, affolés, et leur maison est sens dessus dessous, il manque chez eux tant de choses essentielles, mais les allemands n'ont rien cassé.

Jeudi 17 septembre

On a retrouvé dans les environs de Château un petit garçon de trois ans sur le champ de bataille, mais qui n'y entend pas bien. J'avais cru qu'il était mort mais mon père vient de me dire qu'il est vivant, et que le pauvre petit était si heureux quand on l'a trouvé qu'il embrassait avec effusion les braves gens qui venaient ramasser les blessés. Quand plus tard il saura, peut-être frémira-t-il plus au souvenir de son odyssée, car en ce moment il ne peut se rendre bien compte. Mais je devine l'angoisse de ses pauvres parents qui l'ont perdu, et leur joie s'il peut leur être rendu par la suite sain et sauf alors qu'ils pleureront peut-être sa mort.

Nous sommes plus calmes, des trains nous arrivent du côté de l'Aube, nous acclamons nos cheminots, alors que les hirondelles nous fuient pour des climats plus doux, seront-elles le présage de jours meilleurs ? Il fait un temps affreux, de la pluie, du vent, nous pensons à nos pauvres soldats.

Peut-on être rassuré une minute ? Marcelle revient en me disant qu'il vient de passer dans le faubourg quantité de soldats français en déroute, qui n'ont pu regagner leurs régiments. Que doit-on penser ? Ils reviennent avec les Anglais mais .... faut-il que je l'avoue, je n'ai pas grande confiance en ces derniers. Combien de temps encore serons-nous dans l'angoisse ?

Pauvre France, pauvres soldats !

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